Les filtres de perception
L’aphantasie, ou incapacité à se représenter des images mentales, est un phénomène qui a été décrit pour la première fois par le scientifique Francis Galton en 1880, mais qui est resté largement inexploré depuis. Cependant, l’intérêt pour ce sujet a été ravivé en 2015 avec la publication d’une étude menée par le professeur Adam Zeman de l’Université d’Exeter. Cette étude a donné le nom d’aphantasia au phénomène, qui provient du mot grec phantasia.
Les personnes atteintes d’aphantasie ne peuvent pas projeter d’images mentales, comme si leur cinéma intérieur était éteint.
Pour mieux comprendre, prenons un exemple : Si je vous demande d’imaginer un chien, vous pouvez probablement le faire facilement. Vous pouvez créer une image mentale d’un chien, sa taille, la couleur de ses poils etc.
Cependant, cette capacité ne se retrouve pas dans l’ensemble de la population. Une fraction des individus, lorsqu’on les invite à se représenter mentalement l’image d’un chien, affirment être dans l’incapacité de « voir » quoi que ce soit. On estime que 2 à 5 % de la population est touchée par cette incapacité.
Cela soulève la question de savoir comment ces personnes peuvent se souvenir des détails d’un événement, d’un objet sans pouvoir créer d’image mentale de référence.
Recherches récentes
Cette question a récemment fait l’objet d’une étude « Quantifying aphantasia through drawing: Those without visual imagery show deficits in object but not spatial memory » W. A. Bainbridge, Z. Pounder , A. F. Eardley , C. I. Baker (2020).
Les chercheurs se sont penchés sur la problématique suivante :
Comment les personnes atteintes d’aphantasie peuvent utiliser d’autres moyens pour se souvenir et penser de manière créative ? Même en l’absence de représentations visuelles mentales volontaires.
Par extension, l’étude aide également à mieux comprendre comment fonctionne la mémoire et l’imagination chez les personnes qui ne souffrent pas d’aphantasie.
Les résultats de l’étude montrent que les personnes atteintes d’aphantasie ont fait preuve de compétences correctes pour dessiner les tailles et emplacements des objets, mais qu’ils ont fourni moins de détails visuels, notamment les couleurs et le nombre d’objets.
Certains ont utilisé des stratégies alternatives telles que des représentations verbales pour compenser leur incapacité à visualiser, suggérant que la mémoire visuelle n’est pas essentielle pour tous les types de mémoire.

Ce qui saute aux yeux dans cet exemple partagé par la chercheuse Z. Pounder, c’est que le sujet aphantasique semble avoir de très bonnes capacités d’observation mais qu’il perd complètement les informations dans le processus de mémorisation. On peut donc affirmer que ce n’est pas un défaut d’attention qui entraîne la perte des informations. C’est bien parce qu’il a du mal a créer des images mentales qu’il a des difficultés a restituer les informations sur le second dessin (issu de la mémorisation).
Les hyperphantasiques
De l’autre côté du spectre on retrouve l’hyperphantasia qui se caractérise par la capacité exceptionnelle d’une personne à visualiser des images mentales extrêmement détaillées, vives et vivantes, souvent avec une grande clarté, une richesse de détails et une profondeur de couleurs.
Les personnes atteintes d’hyperphantasia peuvent imaginer des scènes mentales d’une manière très intense et immersive, presque comme si elles étaient en train de les vivre réellement. Ces images mentales peuvent être déclenchées par des souvenirs, des descriptions, des rêves et des pensées, tout comme chez les personnes ayant une capacité d’imagerie visuelle normale.
Dans leur étude « Phantasia – The psychological significance of lifelong visual imagery vividness extremes » les chercheurs A. Zeman, F. Milton … présentent l’idée suivante :
L’aphantasie et l’hyperphatasie semblent être plus fréquentes que nous ne le pensons. Elles semblent être des caractéristiques répandues mais négligées de l’expérience humaine alors que celles-ci sont caractéristiques d’associations psychologiques et de schémas cognitifs bien précis.
En d’autres termes, nous ne nous rendons pas compte que de nombreuses personnes atteintes d’aphantasie et d’hyperphantasie perçoivent le monde de façon très différentes des autres personnes.
Pour rappel, les filtres de perception créent nos profils psychologiques inconscients et influencent nos comportements et aptitudes dans divers domaines.
L’étude note par ailleurs, qu’on retrouve un grand nombre de personnes atteintes d’aphantasie et d’hyperphantasie dans les domaines scientifiques et créatifs.
La Méthode Chroma
Si les filtres de perceptions liés à « l’aphantasie » et à « l’hyperphantasie » créent des schémas cognitifs distincts et des associations psychologiques différentes, on pourrait se demander en quoi les profils psychologiques sont influencés par ses deux phénomènes.
On peut émettre l’hypothèse que les stratégies alternatives (telles que les représentations verbales pour compenser l’incapacité à visualiser) pourraient favoriser l’intelligence divergente et ainsi créer des profils psychologiques ayant de fortes capacités d’innovation.
Et d’un autre coté, on pourrait se demander si l’hyperphantasie favorise la création de profils psychologiques ayant de fortes capacités créatives. En effet, l’hyperphantasie semble jouer un rôle dans la créativité, tant dans les sciences que dans les arts « Phantasia – The psychological significance of lifelong visual imagery vividness extremes » A. Zeman et all.
Pour en savoir plus sur les profils psychologiques, c’est par ici :





